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La
Laïcité, pour unir et non pour exclure
La Ligue de
l'Enseignement, dont toute l'histoire est marquée par une
action constante en faveur de la laïcité, considère que
légiférer sur le port de signes d'appartenance religieuse
est inopportun. Toute loi serait soit inutile soit
impossible.
Le risque est
évident. Quelles que soient les précautions prises, il ne
fait aucun doute que l'effet obtenu sera un interdit
stigmatisant en fait les musulmans.
Une loi inutile ou
impossible, car, soit le texte voté se limite à une
affirmation de principe et il n'ajoutera rien par rapport à
l'avis du Conseil d'Etat, soit il doit définir les modalités
de l'interdiction, et alors, la liste des formes
d'ostentation et de prosélytisme sera toujours incomplète et
n'empêchera pas les interprétations.
En matière de
libertés publiques, la loi doit être l'aboutissement d'un
débat démocratique et non l'affirmation préalable d'une
interdiction.
Attentif à
sauvegarder le principe de la liberté dans la manifestation
des convictions et dans la continuité de sa jurisprudence
constante, le Conseil d'Etat s'est attaché à fixer les
limites imposées par l'ordre public scolaire dont le respect
ne peut être apprécié qu'au cas par cas, avec le souci de
privilégier la discussion sur l'interdiction.
Les jugements
prononcés par les tribunaux administratifs dans le
prolongement de l'avis ont confirmé la pertinence de la
solution retenue.
A l'évidence, la
fonction émancipatrice de l'école joue son rôle : le nombre
de cas litigieux signalés se réduit progressivement.
Pour ceux ou
celles qui voudraient faire du port d'un signe religieux
l'argument d'un combat politique, l'exclusion de l'école
publique n'empêchera pas de se scolariser ailleurs, dans des
institutions au sein desquelles ils ont toutes chances de se
trouver justifiés et renforcés dans leur attitude.
Pour mener à bien
leur mission éducative en dehors de toute tentative de
contrôle de l'école par le pouvoir religieux, les
enseignants et les personnels d'éducation doivent avoir une
formation et un soutien renforcé de la hiérarchie de l'Education Nationale pour faire face avec sérénité aux
situations les plus difficiles.
Ils le feront
d'autant mieux que notre République garantira réellement la
liberté, l'égalité et la fraternité.
Cette intégration
de tous les citoyens, indépendamment de leurs origines et de
leurs convictions, passe par la reconnaissance d'une
diversité culturelle qui doit s'exprimer dans le cadre de
l'égalité de traitement que la République doit assurer à
chacun.
A ce titre, les
musulmans, comme les autres croyants, doivent bénéficier de
la liberté du culte dans le respect des règles qu'impose une
société laïque, pluraliste et profondément sécularisée.
Le combat pour
l'émancipation des jeunes filles, en particulier, passe
prioritairement par leur scolarisation, le respect de leur
liberté de conscience et de leur autonomie : n'en faisons
pas les otages d'un débat idéologique, par ailleurs
nécessaire.
Pour lutter contre
l'enfermement identitaire, une pédagogie de la laïcité, la
lutte contre les discriminations, le combat pour la justice
sociale et l'égalité sont plus efficaces que l'interdit.
Sur des questions
passionnelles touchant aux convictions, La Ligue de
l'Enseignement propose, pour affirmer la pertinence de la
laïcité, une démarche laïque : engageons les dialogues,
favorisons un débat inspiré par la raison et créons des
signes symboliques de valeurs partagées pour permettre,
au-delà de la légitime expression des diversités, " le vivre
ensemble " dans une société démocratique fondée sur
l'égalité de droit et de dignité, la liberté de conscience
et la recherche de l'intérêt général.
Fidèle à son
histoire, la Ligue de l'Enseignement poursuivra son action,
notamment dans le cadre de la commémoration de la loi de
1905 et lors du débat de ratification de la Convention
européenne, pour une laïcité garante du pluralisme et
porteuse de valeurs universelles. |